DURABILITÉ

L'essor des taxis électriques et de la mobilité durable en Tunisie

Les taxis électriques et hybrides ne sont plus une curiosité à Tunis. Voici où en est la Tunisie en matière d'adoption des véhicules électriques et ce qu'il reste à faire.

Par Rumble Taxi Editorial7 min de lecture
L'essor des taxis électriques et de la mobilité durable en Tunisie

Marchez avenue Mohamed V à Tunis à l'heure de pointe et vous entendrez la différence. Parmi les berlines diesel et les minibus vieillissants, une hybride silencieuse passe, une Toyota, une Hyundai, parfois une Renault Zoe entièrement électrique. L'électrification n'est plus l'avenir de la mobilité en Tunisie ; elle a commencé. Mais le chemin de quelques centaines de véhicules propres à une flotte capable de changer la qualité de l'air d'une ville est long, et la Tunisie en est au début.

Pourquoi l'électrification compte ici

La Tunisie fait face à trois pressions convergentes qui rendent la mobilité durable urgente :

  • La qualité de l'air dans les zones urbaines denses, en particulier le corridor Tunis - La Marsa, dépasse régulièrement les recommandations de l'OMS.
  • Les importations de carburant sont un fardeau structurel pour la balance commerciale, et toute réduction a une valeur macroéconomique.
  • Les engagements climatiques exigent une baisse des émissions du transport ; le transport est la deuxième source d'émissions après l'électricité.

Les hybrides ouvrent la voie

La plupart des voitures plus propres sur les routes tunisiennes en 2026 sont hybrides plutôt que totalement électriques. La raison est simple : elles sont moins chères à l'achat, ne dépendent pas de l'infrastructure de recharge et réduisent la consommation de carburant de 30 à 40 %. Pour un chauffeur de taxi qui couvre 200 kilomètres par jour, c'est de l'argent réel, souvent la différence entre un service marginal et un service rentable.

Les berlines hybrides sont devenues particulièrement populaires parmi les chauffeurs de VTC, car les économies de carburant, combinées à un entretien réduit, compensent largement le prix d'achat plus élevé.

Où les VE intégraux ont du sens aujourd'hui

Les véhicules entièrement électriques fonctionnent bien en Tunisie dans trois cas spécifiques :

  • Taxis urbains parcourant 150 à 250 km par jour sur des itinéraires passant par des points de recharge.
  • Flottes d'hôtels et d'entreprises disposant d'une recharge nocturne sur site.
  • Véhicules de flotte courte distance pour la livraison dans les quartiers denses.

En revanche, pour les chauffeurs qui dépendent fortement de longs trajets intercités, les VE intégraux restent un défi en 2026. Le réseau de recharge intercité reste concentré le long de l'A1 et dans une poignée de grandes villes.

Infrastructure de recharge : le goulot d'étranglement

La Tunisie a investi dans l'infrastructure de recharge, mais la couverture est inégale. En 2026 :

  • Tunis a le réseau de recharge le plus dense : bornes publiques dans les centres commerciaux, les hôtels et les grands complexes de bureaux.
  • Sousse, Sfax, Hammamet et Bizerte ont chacune une poignée de bornes rapides publiques.
  • La couverture sur l'autoroute A1 s'améliore, avec de nouveaux arrêts de recharge rapide tous les 60 à 80 km.
  • La recharge à domicile est possible quand les chauffeurs ont une place de parking privée, ce qui est minoritaire au centre de Tunis.

Tant que le réseau public n'est pas plus dense et plus rapide, l'angoisse d'autonomie reste un vrai frein pour les futurs chauffeurs en VE.

Ce qu'il faudrait pour passer à l'échelle

Trois leviers accéléreraient nettement l'adoption :

  • Incitations ciblées pour les flottes de taxis et VTC qui passent à l'électrique (droits d'importation réduits, prime à la casse).
  • Expansion des hubs de recharge rapide publics dans les centres-villes, sur les autoroutes et dans les aéroports.
  • Tarifs d'électricité stables et légèrement préférentiels pour la recharge des VE en heures creuses.

Plusieurs de ces leviers politiques sont à l'étude par les autorités tunisiennes et pourraient passer en mise en œuvre dans les prochaines années.

Ce que les passagers peuvent faire

Les passagers ont plus d'influence qu'ils ne le pensent. Choisir l'option véhicule vert dans une application de VTC, même à prix égal, envoie un signal au marché. Partager des courses vers des destinations similaires réduit les kilomètres parcourus. Et pour les trajets courts (moins de 2 km), la marche ou le vélo bat toute option motorisée pour la ville, le climat et la santé.

Et après ?

La mobilité durable en Tunisie ne se résoudra pas par les VE seuls. Elle nécessitera un mix de véhicules plus propres, de meilleurs transports publics, de quartiers piétonnables et de plateformes numériques intégrées. Mais le cap est fixé, et les premiers signes, hybrides silencieuses sur l'avenue Mohamed V, VE intégraux devant les hôtels, chauffeurs comparant le coût du kilowattheure, montrent que la transition a commencé.

Chaque kilomètre propre compte. La flotte évolue voiture après voiture, et les choix d'aujourd'hui décident de la vitesse.